Souveraineté alimentaire

24 mai 2012

Introduction

Un monde des possibles

La mondialisation et la quête de richesse ont engendré des disparités et des déséquilibres comme il n'y en a jamais eu entre les peuples.
Partons de quelques constats :

les denrées alimentaires parcourent des milliers de kilomètres avant de parvenir à destination et génèrent une pollution colossale qui a une grande influence sur le dérèglement climatique.

Les techniques agricoles conventionnelles et hyper intensives, à base d'engrais chimique et de produits de synthèse ont généré une érosion globale des sols, les rendant stériles et incultivables. Des milliers d'hectare de terre se transforment chaque année en désert.

La semence est contrôlée par quelques multinationales agro-industrielles, qui les ont rendu dégénérées et non-reproductibles, rendant ainsi les paysans dépendants de ces firmes.

Du fait des flux continus de nourriture, presque aucun pays n'est en mesure d'assurer son autonomie alimentaire.

Le pétrole, énergie sur laquelle est basé l'économie mondiale se raréfie, et devient de plus en plus cher, ce qui signifie également à terme une augmentation du prix de la nourriture importée.

Un tiers des aliments produit chaque année dans le monde est gaspillée, paradoxalement, près de 1 milliard de personnes souffrent de faim ou de malnutrition

 Il faudrait être insensé pour ne pas reconnaître que quelque chose ne tourne pas rond sur cette planète. La catastrophe est déjà là et ne va cesser de s'aggraver tant qu'il n'y aura pas une véritable remise en cause du système mondial. L'heure n'est plus à la critique mais à la prise de responsabilités individuelles.

 Des citoyens œuvrent chaque jour pour construire un monde plus cohérent, et retrouver leur souveraineté. Du Brésil à l'Inde, en passant par l'Europe, des groupes de personnes luttent pour leur libre accès à la terre, restaurent la biodiversité, régénèrent les sols, sensibilisent les consciences sur l'importance de la nature, cherchent à se passer du pétrole, privilégient la consommation locale, reproduisent et transmettent des semences interdites...

 Les actions citoyennes sont nombreuses et variées, mais tous partagent un but commun : vivre dignement, avoir accès à tous les besoins fondamentaux et incarner leurs valeurs dans leurs actions.

Tous ont conscience que « les utopies d'aujourd'hui créent la réalité de demain » et qu'il n'y aura pas de changements sans bouleverser l'ordre actuel.

 Nous verrons donc les actions entreprises par différents groupes de personnes à travers le monde et comment ceux-ci essayent de créer chacun à leurs manière un monde des possibles.

 Nous verrons à travers tous ces mouvements citoyens, s'il est possible d'appliquer globalement un changement radical de mode de vie, quels sont ces changements préconisés et/ou réalisés, et si l'on peut les appliquer à une échelle planétaire.

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Comment Cuba s'est adapté à la vie sans pétrole

Cuba, un modèle de résilience ?

1989 : Cuba perd l'appui de l'URSS et se retrouve complètement démuni. Privé du pétrole soviétique, l'île adapte une transition forcée, et développe une agriculture vivrière et biologique. Aujourd'hui, les habitants ont retrouvé une certaine autonomie alimentaire mais consomment à nouveau du pétrole.

     cuba+gardeningLors de la Guerre Froide, Cuba était au niveau énergétique entièrement dépendante de l'URSS. Les importations de pétrole par l'Union soviétique (70% du pétrole venait de là-bas) lui permirent de développer une agriculture industrielle, à base de produits chimiques et de pesticides. Lors de l'effondrement du bloc soviétique en 1991, et à cause de l'embargo imposé par les États-Unis, l'île s'est retrouvée du jour au lendemain sans pétrole et complètement isolée ; sans ressources extérieures.

Démarre alors une période de transition -appelé « période spéciale »- qui dura 5 ans. Les habitants durent se réorganiser dans l'urgence et repenser complètement leur mode de vie. Le PIB chuta de 44% en 2 ans et la population subit une grave crise alimentaire.

 

On réhabilita les vieilles méthodes de production : agriculture biologique de proximité (puisqu'il n'y avait plus de transports), traction animale, amendement naturel des sols. Des potagers et jardins virent le jour un peu partout, notamment en milieu urbain, l'agriculture vivrière convertit se (re)développa; la main d'œuvre agricole se multiplia par AGRICULTURE_URBAINE10.
Il apparut ensuite que cette contrainte était un bon choix pour l'avenir et le développement durable, la décision a été prise de généraliser l'agriculture biologique.

Les habitants apprirent à cultiver leurs légumes sans pesticides ni engrais chimiques, de manière naturelle, et développèrent des techniques efficaces pour régénérer les sols, les enrichir en matière organique et améliorer la biodiversité.
Au niveau des transports, les poids lourds furent reconvertis en transports publics, on réhabilita le covoiturage et valorisa la bicyclette.

Aujourd'hui, Cuba produit 70% de son alimentation, les habitants ont un meilleur niveau de santé, le taux d'obésité a chuté (les habitants ont perdu 10 à 15 kg en moyenne lors de la « Période spéciale ») et la plupart mangent à leur faim ; L'indice de développement humain est d'ailleurs très élevé pour ce pays.

Si demain, les importations de nourriture devaient s'arrêter sur l'île, les habitants seraient beaucoup moins en péril que dans un pays comme la France qui disposerait seulement de 4 jours de réserves dans les supermarchés.

 L'agriculture urbaine de la Havane est à même de fournir 50% de fruits et légumes biologique à la population, le reste étant assuré par les coopératives de la province de la Havane, dans les autres localités, l'agriculture urbaine couvre en aliments biologiques 80 à 100 % des besoins.

 Cependant, on peut estimer que Cuba n'a réalisé qu'une transition partielle, en effet, la consommation de pétrole a redémarré en 1993 du fait d'une production nationale importante et des importations en provenance du Vénézuela. D'autre part on peut se demander si un modèle comme la Havane serait applicable dans une ville comme Paris, à peu près aussi peuplé. Encore faudrait-il une réelle volonté des citoyens et des élus pour réduire la consommation de pétrole et développer une agriculture urbaine à grande échelle.Traction animale Cuba

Cuba a entamé sa transition dans l'urgence et par nécessité, La France à l'heure d'aujourd'hui dispose encore de ressources qui viennent de l'extérieur et la majorité de la population n'est pas prête à changer radicalement son mode de vie. La transition vers l'autonomie bien que nécessaire sur le court, moyen et long terme sera donc probablement beaucoup plus lente.

 

Adresses internet :

- Titre : « Cuba »

- Titre : « Un pays montre l'exemple »
- Auteur : Nicollas
- Date : 24 avril 2009 à 15h41

Titre : « Cuba : agriculture biologique et relocalisation de l'économie »
Auteur : Daniel Hofnung
Date : 28 mars 2008

Titre: « Comment Cuba a surmonté le manque de pétrole »
Date : 12 octobre 2009

Film : « The power of Community, How Cuba survived Peak Oil »
Publié par : ThePublicfilm
Date : 19 juin 2009

  • Film : « Cultures en Transition » de Nils Aguilar (film non encore sorti en DVD)

 Légende

Images 1 : Agriculture vivrière à Cuba
Image 2 : Agriculture urbaine à Cuba
Image 3 : Traction animale

Les semences, clé de l'autonomie alimentaire

Autonomie semencière, un droit légitime réprimé par la loi

 Le 28 novembre 2011, le Sénat a voté une loi permettant de taxer les paysans et agriculteurs qui récolteraient et ressèmeraient librement leurs semences. Une loi contraire à l'éthique de l'association Kokopelli qui lutte « pour la libération des semences et de l'humus ».

        Cette loi a été crée pour soi-disant relancer la recherche agricole en France, rémunérer les sélectionneurs de variété et leur garantir le certificat d'obtention végétale (COV).
Elle va cependant dans le sens contraire des petits paysans et de l'association Kokopelli qui œuvrent pour la souveraineté alimentaire de chacun. Pour beaucoup, les semences sont « un patrimoine commun et inaliénable de l'humanité ». C'est à dire un bien commun qui devrait être accessible à tous, circuler librement et non soumis à la dictature de l'argent.

Kokopelli est d'ailleurs souvent mené en procès pour le maintien et la propagation de variétés anciennes, parfois oubliées, non répertoriées dans le catalogue du GNIS donc considérées comme illégales. Elle irrite notamment, l'industrie semencière et les multinationales comme Monsanto qui souhaiteraient avoir la main-mise sur les semences. Le problème est que les Baumaux, Monsanto, Limagrain... ont vendu et continuent de vendre des semences hybrides ou dégénérées non-reproductibles, à travers le monde. Ce qui détruit l'autonomie semencière des paysans, les endettent et les rend entièrement dépendants de l'agro-industrie. On assiste d'ailleurs depuis quelques années à des suicides massifs de paysans qui n'ont plus les moyens financiers d'acheter des semences.

 Kokopelli grâce à un réseau d'agriculteurs et jardiniers, produit des semences biologiques et reproductibles et en fait don à de nombreux paysans et associations du monde (Asie, Europe, Afrique, Amérique latine) dans le but que ces derniers reproduisent à nouveau leurs semences, les multiplient, les échangent, les adaptent au terroir et retrouvent ainsi une autosuffisance semencière et par conséquent une autosuffisance alimentaire.

Grâce à cette stratégie, et des formations adaptées sur la production de semences et l'agroécologie, l'association milite également pour la sauvegarde de la biodiversité potagère et céréalière et son enrichissement. La création variétale (pratiquée par les paysans depuis des milliers d'années) est encouragée d'autant plus que l'on peut, de cette manière, adapter certaines plantes au terroir pour les rendre plus vigoureuses et productives.

 Les actions de Kokopelli, bien que nombreuses et efficaces restent malheureusement encore marginales face au lobby de l'agro-industrie sur le marché et va de pair avec d'autres problèmes : l'érosion des sols et la réappropriation des terres par les citoyens.

En effet, on constate aujourd'hui, d'une part, une disparition (pour ne pas dire une éradication) des petits paysans -autrefois beaucoup plus nombreux-, une appropriation d'immenses parcelles par quelques agriculteurs qui utilisent pour la plupart des produits chimiques (pesticides, herbicides, fongicides...) et les semences hybrides des firmes agroalimentaires. Et d'autre part une mort progressive et à grande échelle de ces sols du à une utilisation massive de ces produits chimique et de mauvaises pratiques (par exemple le labour profond).

Il faut ajouter à cela un agrandissement constant des zones industrielles et une main-mise sur le foncier qui rend l'accès à la terre très difficile et coûteux dans de nombreux pays.

 Néanmoins, Kokopelli, victime de son succès, se retrouve incapable de répondre à la demande toujours croissante de semences reproductibles. Preuve qu'il existe une volonté citoyenne forte de retour à la terre et d'accès aux semences de vie.


 

Sources :

 Légende:

Image 1 : Patrons de l'agro-industrie semencière
Image 2: Kokopelli, le joueur de flûte symbôle de la fertilité et de l'association du même nom
Image 3: Dominique Guillet, le président de l'association Kokopelli


La semence dans tous ses états


Le Mouvement des Sans Terre au Brésil

Une vague d'insurrection nationale et paysanne: le Mouvement des sans terre au Brésil (MST)

S'il existe une vague de rébellion sociale sous médiatisé qui a une forte influence dans son pays, il s'agit bien du Mouvement des Sans Terre (MST) au Brésil. En effet, il s'inscrit dans la continuité d'une longue tradition de lutte amérindienne et paysanne pour le libre accès à la terre.

 mstlogo    Le Mouvement des sans terres est l'incarnation des luttes paysannes et citoyennes au Brésil qui luttent pour leur droit à la terre et leur libre accès à l'installation. Il s'agit d'une organisation nationale regroupant environ 10000 camps, (chaque camp est composé de 200 à 5000 personnes) et 1,5 Millions de personnes.

Ce mouvement d'insurrection pacifique est issu d'une longue tradition de lutte qui débuta lors de la colonisation Portugaise et qui existe depuis la répartition inégale des terres: la création des Latifundios, ces grandes propriétés privés aux mains de familles riches et privilégiées, qui privèrent du même coup de nombreux paysans de terre pour vivre.

Déjà lors de la colonisation, face à l'oppression des colons, des tribus amérindiennes s'étaient rassemblées pour revendiquer leur droit de chasser et de cultiver librement sur leurs terres. Par la suite, diverses mouvements d'hommes d'églises, paysans et syndicaux se sont formés pour proclamer leurs droits.

 Le MST est né en 1984. Depuis son origine, il fédère les travailleurs ruraux et les citoyens luttant contre les inégalités sociales, au niveau national et pour cause, puisque 50% des terres au Brésil sont aux mains de 1% de la population.

Les occupations de terre permettent non-seulement à des gens pauvres de vivre décemment et en autonomie mais servent également à attirer l'attention et obliger le gouvernement à respecter la loi de la réforme agraire de 1988 -donnant une légitimité aux occupations- (380 occupations de terre non-productives sont organisées chaque année).

En outre, les Sans terres sont appuyés par la majorité de la population brésilienne: 88% des brésiliens sont en faveur de la réforme agraire, 85% sont en faveur de l'invasion-occupation des terres sans violence et 59% approuvent le MST et son action.

 L'objectif poursuivi par les Sans-terre est d'abord de vivre dignement : un lieu de vie stable où exercer librement leurs activités, leur droit de cultiver leurs légumes, produire leur alimentation et d'éduquer leurs enfants. En outre, un espace de liberté spacieux et sain plutôt que d'aller dans des villes déjà surpeuplées gangrenés par la misère et la violence urbaine.

C'est aussi un moyen de dire non au système des latifundios qui privilégient une petite minorité et de montrer qu'il existe une réelle alternative de vie qui peut donner une place à chacun. La superficie du territoire est suffisamment grande pour donner un espace de vie décent à chaque habitant du Brésil.

La terre est travaillée par toute la communauté et les récoltes sont partagées équitablement pour tMSTprocduction01_Douglas Mansourous.
L'éducation est une des préoccupations fondamentales du MST, et ce depuis ses débuts. Il essaye d''assurer l'accès l'éducation de tous les enfants en âge scolaire ainsi que l'alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse. Il s'agit d'une éducation engagée dans le développement de la conscience de
classe et la conscience révolutionnaire dont le but est de « former pour transformer la société ». L´organisation collective se conçoit comme un pilier fondamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L'éducation est assurée à la fois par les éducateurs et par toute la communauté.

 Dans un pays où 120 millions d'hectares de terre sont improductives et où 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté, les actions des Sans-terre n'en paraissent que plus légitime.

 Malheureusement ce mouvement n'est pas sans déplaire au gouvernement et à la police militaire souvent aux ordres des grands propriétaires qui répriment les occupations dans la violence : depuis le début du MST, pas moins de 1600 paysans ont été assassinés, 8 ont été condamnés.
Malgré tout les actions d'occupations se poursuivent et le mouvement loin de s'essouffler ne cesse de croître.

BRESIL MST carte

 

Légende :

Image 1: Logo du MST
Image 2: Production maraîchère du MST

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Le Mouvement des Sans Terre au Brésil

Organisation et revendications du Mouvement des Sans-Terre

 Si le mouvement des Sans-terre perdure depuis 25 ans, c'est bien grâce à une organisation exemplaire et un réseau solide à travers tout le pays.

      Comme déclaré dans l'article précédent, les action du MST se basent sur des occupations de terres improductives aux mains de grands propriétaires. Par la suite, les paysans avec l'aide d'avocats essayent d'obtenir la « désappropriation » et l'attribution légale des terres occupées.
Il y a deux types d'occupation : les « acampamentos » (= campements) et les « assentamentos » (= communautés agricoles).

acampamento_mst_2003Les acampamentos sont des occupations de familles sans terres ou souhaitant retourner à la terre. Il s'agit de campements sauvages, généralement sur des espaces publics, le long des routes, où des familles s'installent dans des tentes couvertes de bâches noires. Durant cette période de campement, les personnes vont être formées aux idées et pratiques du MST, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la sécurité, de l'organisation sociale.

 Les assentamentos sont des installations définitives : Une fois que les terres en friches ont été repérées, le Mouvement va organiser avec l'installation des familles, un processus juridique pour obtenir l’attribution officielle des parcelles au titre de la Réforme agraire. Il privilégie le développement des cultures vivrières et de l’élevage afin d’assurer d’abord la sécurité alimentaire.
Dans chaque assentamento, l’organisation repose sur une pratique démocratique, respectant l’indépendance de chacun autourassentamento Novas Laranjeiras-Parana-Douglas_Mansur de services communs.
Dans les assentamentos, agissent 400 associations de production, commerces et services, sous forme de coopératives.

  Grâce aux occupations, le mouvement fait pression sur le gouvernement pour que celui-ci respecte et applique la Réforme Agraire de 1988 (qui consiste à redistribuer les terres). Il s'agit surtout d'une profonde remise en cause du mode de vie brésilien et la proposition d'une société nouvelle. Un moyen de revendiquer le droit de se nourrir par soi-même, d'accéder à la souveraineté alimentaire, mais aussi l'accès à l'éducation et l'alphabétisation pour tous, le maintien et la protection de la nature et de la biodiversité. Une manière de réorganiser la vie communautaire.

 Aujourd'hui, le MST est un mouvement social incontournable au Brésil qui a essaimé son message et ses luttes dans toute l'Amérique du Sud. Il est l'incarnation de la volonté d'un peuple qui désire retrouver sa liberté, son autonomie et devenir maître de son destin.

Entrée campement MST

Sources :

Titre : « Le Mouvement des Sans Terre c'est quoi ? »

Auteur : Douglas Estevam

Date : 21 décembre 2009

  • http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1881&lang=es

Titre : Le Mouvement des Sans Terre (Brésil) :un mouvement qui reconstruit la vie

Auteur : Rosa Cañadell

Date : 18 janvier 2012

Site : Frères des hommes

Mis à jour le 30 septembre 2002

Publié par : DocumentalSemillas

Date : le 14 septembre 2011

 Légende :

Image 1 : Un acampamento au Brésil
Image 2 : Un assentamento au Brésil
Image 3 : Entrée d'un acampamento


Bagé, Brésil: pour une véritable réforme agraire mst

Longo Maï, l'incarnation d'une utopie communautaire

Longo Maï, un réseau solide et actif

 Au-delà de tous les clichés et critique auxquels Longo Maï a été qualifié, cette communauté citoyenne démontre qu'une autre façon de vivre est possible et apporte un nouveau regard sur le monde.

       Longo Maï (=Limans, Longo « longtemps encore » en occitan) a été fondé par des groupes anarchistes militant venus d'Autriche et de Suisse. Ils s'installent en 1973 sur la commune de Limans, près de Forcalquier dans les Alpes de Haute-Provences où ils décident de fonder une société idéale et un « village pionnier européen », qui puisse servir de lieu de refuge en cas de crise.

La communauté s'organise en différentes coopératives et sociétés agricoles et ouvrières. Ils développent l'autogestion, l'absence de propriété privée, la polyvalence de chacun dans les différentes tâches, ils décident de refuser le salariat et se donnent pour objectif d'atteindre l’auto-subsistance et de pratiquer « l'effort librement consenti ». Les décisions sont prises par consensus lors d'assemblées générale. Par ailleurs, il n'y a pas d'échanges monétaires entre les différentes structures, on fonctionne par troc, chaque coopérative échange en fonction de ses besoins.

 Après un départ difficile, Longo Maï prospère et étend son réseau : le maraîchage bio avec le Mas de Granier dans les Bouches du Rhône, une filature près de Briançon, une coopérative au Treynas dans le Massif Central, des fermes en Suisse, en19770500_Perrot_Roland-15A Allemagne, en Autriche et même une coopérative au Costa-Rica et en Ukraine. Le collectif a acheté ses terres notamment grâce à des collectes de fonds. Malgré tout, Longo-Maï dépend encore à 50% de financements extérieurs : aides publiques et collectes d'argent.

 Depuis ses débuts, Longo Maï, loin de se replier sur soi, n'a cessé de lutter pour des causes extérieures. Appuyé par un mouvement de soutien de plusieurs milliers de personnes à travers l'Europe, la communauté a souvent milité pour « la libre circulation des individus », le retour de la vie à la campagne, la propagation de la paysannerie, la réouverture de l'école de Limans etc.

N'importe quel curieux est libre de venir séjourner là-bas (à condition d'avoir téléphoné au préalable), participer aux activités, aux discussions, trouver sa place... et de repartir quand il le souhaite. La communauté a beau être hospitalière, les habitants n'accueillent pas forcément les visiteurs à bras ouverts (notamment à cause des nombreux passages) et c'est aux nouveaux venus de prendre des initiatives, car les habitants ne viendront pas demander de l'aide.

Longo Maï dispose également de sa propre radio alternative : la radio Zinzine qui fonctionne 24h/24 et propose musiques, débats, infos locales et internationales. Plutôt que de chercher l'objectivité, la radio vise à montrer clairement son point de vue, quitte à travailler sur ses certitudes. Elle se distingue également par son absence de publicités.

 Ce qui fait la force de LLe Mas de Granier Longo Maïongo-Maï, outre ses nombreuses actions, c'est la diversité des personnes qui font partie du réseau et le fait qu'il ne se reconnaît dans aucune idéologie ou parti politique. Il n'y a pas de hiérarchie dans la communauté, chaque personne compte. Certes cela pose des problèmes lors des débats et assemblées générales, des discussions durent parfois des heures pour prendre une décision, mais le groupe parvient toujours à trouver un accord.

Longo Maï n'est pas le paradis, loin s'en faut, de nombreuses personnes sont venus y séjourner et sont repartis déçues, d'autres finissent par s'en lasser. La vie en communauté est également génératrice de conflit et peut entraîner des malaises, certains n'y trouvent pas leur place ; tout le monde n'est pas adapté à cette façon de vivre. Néanmoins, Longo Maï a le mérite de proposer quelque chose de nouveau, une expérience d'existence en commun, dans le respect et la sauvegarde de la nature.

Sources :

Sites internet :

 

Légende

Image1 : Coopérative Longo Maï de Limans
Image 2 : Roland Perrot, fondateur de la coopérative Longo Maï
Image 3: Le Mas de Granier (coopérative Longo Maï) dans les Bouches du Rhônes

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Les villes en Transition, un mouvement citoyen international

La Transition, en route vers la résilience et l'autonomie

Aujourd'hui nous entendons parler régulièrement de changement climatique, crise financière, pic pétrolier mais également de transition. Transition c'est aussi le nom d'un mouvement citoyen international d'origine britannique qui vise à transformer les villes et villages de manière durable. Il propose un changement actif qui implique les citoyens dans leur communautés afin de les rendre résiliente.

 

Rob Hopkins    Le mouvement des villes en Transition (« Transition town » en anglais) né en Grande Bretagne dans la petite ville de Totnes en septembre 2006 ne cesse de prendre de l'ampleur de part le monde. Il s'agit d'un mouvement d’insurrection citoyenne proposant un changement progressif et actif dans les villes et communautés afin de résister aux chocs et conséquences du pic pétrolier et du changement climatique.

Le modèle des villes en Transition a été lancé par Rob Hopkins enseignant en permaculture à Totnes en 2006 après avoir été expérimenté par ses étudiants en Irlande un an plus tôt. À ce jour, plus de 900 initiatives ont été enregistrées dont 337 rien qu'au Royaume-Uni et on estime qu'il n'y a pas moins de 1800 projets de transitions à travers le monde, principalement dans les pays Anglophones (Royaume-Uni, États-Unis, Australie, Canada) mais aussi en Europe, en Amérique latine en Asie et en Afrique.Totnes

 Le but de la Transition est de parvenir à la résilience, c'est à dire la capacité d'une société à « encaisser des coups, des chocs, des stress, sans perdre les moyens essentiels de continuer à vivre dans de bonnes conditions ». D'où son slogan : « De la dépendance du pétrole à la résilience locale ». En d'autre termes, chaque ville, village, communauté devra être capable de se transformer pour faire face aux grands bouleversements de notre époque que sont le changement climatique, le pic pétrolier et la crise financière.

 Rob Hopkins, dans son Manuel de Transitiona élaboré tout un programme pour les personnes intéressées qui explique comment démarrer un groupe de Transition, fédérer les initiatives et entamer le processus. Chaque groupe de « Transitionneur » adapte ensuite le processus en fonction de sa volonté et du contexte social. Ce manuel n'a donc rien de dogmatique, c'est un outil qui propose des pistes de changement et chacun l'adapte à sa manière.

 Un large champ d'action est possible : planter des arbres fruitiers, réapprendre à la population à cultiver un potager, développer les jardins collectifs, réorganiser la production énergétique, optimiser le transport actif, réapprendre les savoirs-faire oubliés, créer une monnaie complémentaire afin de valoriser l'économie locale, recréer du lien social etc.
Les initiatives s'articulent autour de 8 grands thèmes :
la nourriture, l'économie, l'éducation, les transports, les bâtiments et constructions, l'énergie, enfants jardiniers_medium_squarela politique et l'écologie.

Ce qui caractérise le mouvement c'est également la vision positive de l'avenir qu'il cherche à transmettre. Plutôt que de visualiser un futur chaotique et catastrophique, Rob Hopkins propose d'imaginer un avenir où la transition aura déjà été achevé : les habitants vivraient mieux sans pétrole, mangeraient bio et local, se déplaceraient plus à vélo, utiliseraient les énergies renouvelables, le tout dans des villes aérées et verdoyantes.

 L'idée de la Transition a déjà séduit de nombreuses personnes et les initiatives ne cessent de se multiplier. Il est vrai que le changement ne se réalisera pas du jour au lendemain et cela prend souvent du temps de monter un groupe et de démarrer des actions. Mais cela démontre tout de même qu'il existe une forte volonté citoyenne de revenir à un mode de vie plus simple et plus humaniste.

pic-hubert-petrolier

 

Sources:

 

Sites internet :

 Journal :

  • L'âge de faire Numéro 57 Octobre 2011
    Dossier Transition page 10-11
    Titre : - « 
    Transition : sortir du pétrole « par le haut » »
    - « Pic pétrolier : un déclin annoncé »

    - « En Angleterre, Totnes pose les jalons de la Transition »

 Légende:

Image 1 : Rob Hopkins, le fondateur du mouvement de Transition
Image 2 : Totnes (Angleterre), la première ville de Transition
Image 3 : Enfants plantant des arbres fruitiers en Belgique
Image 4 : Courbe du pic pétrolier


Décroissance, simplicité volontaire, à Totnes


Transition Town Totnes (vidéo en anglais)


 

Conclusion

Peut-on globaliser un changement radical de nos modes de vie ?

Un monde à plusieurs vitesses

Tous ces mouvements d'insurrection citoyenne sont en rupture avec le modèle dominant; à savoir la société de consommation, l'économie mondiale, la recherche de profit, la croissance illimitée.
Tous insistent sur le fait qu'un changement radical va de pair avec une vision, des valeurs différentes et un changement de paradigme.
On remarque également que leur démarche s'inscrit sur le long terme. En effet, il ne peut y avoir de changements durables dans la précipitation.
Autre point commun: le retour à des valeurs écologiques et humaines, placer l'homme et la nature au coeur des préoccupations.

Cependant, chaque mouvement a ses spécificités, tous ne suivent pas la même ligne de conduite, et on peut donc conclure qu'il ne peut y avoir un changement identique à tous les mouvements citoyens, mais DES changements.
Chaque citoyen, chaque collectif doit entamer un changement en accord avec ses valeurs et dans la direction qu'il aura librement choisi. On ne peut imposer une même ligne de conduite à tous.

Le changement de paradigme s'inscrit dans le temps, la diversité, et la liberté d'actions.

 

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