Autonomie semencière, un droit légitime réprimé par la loi

 Le 28 novembre 2011, le Sénat a voté une loi permettant de taxer les paysans et agriculteurs qui récolteraient et ressèmeraient librement leurs semences. Une loi contraire à l'éthique de l'association Kokopelli qui lutte « pour la libération des semences et de l'humus ».

        Cette loi a été crée pour soi-disant relancer la recherche agricole en France, rémunérer les sélectionneurs de variété et leur garantir le certificat d'obtention végétale (COV).
Elle va cependant dans le sens contraire des petits paysans et de l'association Kokopelli qui œuvrent pour la souveraineté alimentaire de chacun. Pour beaucoup, les semences sont « un patrimoine commun et inaliénable de l'humanité ». C'est à dire un bien commun qui devrait être accessible à tous, circuler librement et non soumis à la dictature de l'argent.

Kokopelli est d'ailleurs souvent mené en procès pour le maintien et la propagation de variétés anciennes, parfois oubliées, non répertoriées dans le catalogue du GNIS donc considérées comme illégales. Elle irrite notamment, l'industrie semencière et les multinationales comme Monsanto qui souhaiteraient avoir la main-mise sur les semences. Le problème est que les Baumaux, Monsanto, Limagrain... ont vendu et continuent de vendre des semences hybrides ou dégénérées non-reproductibles, à travers le monde. Ce qui détruit l'autonomie semencière des paysans, les endettent et les rend entièrement dépendants de l'agro-industrie. On assiste d'ailleurs depuis quelques années à des suicides massifs de paysans qui n'ont plus les moyens financiers d'acheter des semences.

 Kokopelli grâce à un réseau d'agriculteurs et jardiniers, produit des semences biologiques et reproductibles et en fait don à de nombreux paysans et associations du monde (Asie, Europe, Afrique, Amérique latine) dans le but que ces derniers reproduisent à nouveau leurs semences, les multiplient, les échangent, les adaptent au terroir et retrouvent ainsi une autosuffisance semencière et par conséquent une autosuffisance alimentaire.

Grâce à cette stratégie, et des formations adaptées sur la production de semences et l'agroécologie, l'association milite également pour la sauvegarde de la biodiversité potagère et céréalière et son enrichissement. La création variétale (pratiquée par les paysans depuis des milliers d'années) est encouragée d'autant plus que l'on peut, de cette manière, adapter certaines plantes au terroir pour les rendre plus vigoureuses et productives.

 Les actions de Kokopelli, bien que nombreuses et efficaces restent malheureusement encore marginales face au lobby de l'agro-industrie sur le marché et va de pair avec d'autres problèmes : l'érosion des sols et la réappropriation des terres par les citoyens.

En effet, on constate aujourd'hui, d'une part, une disparition (pour ne pas dire une éradication) des petits paysans -autrefois beaucoup plus nombreux-, une appropriation d'immenses parcelles par quelques agriculteurs qui utilisent pour la plupart des produits chimiques (pesticides, herbicides, fongicides...) et les semences hybrides des firmes agroalimentaires. Et d'autre part une mort progressive et à grande échelle de ces sols du à une utilisation massive de ces produits chimique et de mauvaises pratiques (par exemple le labour profond).

Il faut ajouter à cela un agrandissement constant des zones industrielles et une main-mise sur le foncier qui rend l'accès à la terre très difficile et coûteux dans de nombreux pays.

 Néanmoins, Kokopelli, victime de son succès, se retrouve incapable de répondre à la demande toujours croissante de semences reproductibles. Preuve qu'il existe une volonté citoyenne forte de retour à la terre et d'accès aux semences de vie.


 

Sources :

 Légende:

Image 1 : Patrons de l'agro-industrie semencière
Image 2: Kokopelli, le joueur de flûte symbôle de la fertilité et de l'association du même nom
Image 3: Dominique Guillet, le président de l'association Kokopelli


La semence dans tous ses états